L’initiative veut inscrire dans la Constitution fédérale, d’une part que nul ne peut « dans l’espace public, ni dans les lieux accessibles au public » se dissimuler le visage et d’autre part que nul ne peut contraindre une personne à se dissimuler le visage en raison de son sexe. Sauf pour des « raisons de santé ou de sécurité, par des raisons climatiques ou par des coutumes locales ». L’initiative a été lancée par le comité d’Egerkingen, déjà auteur de l’initiative contre les minarets.

Des exceptions pour motifs religieux – autre que « dans les lieux de culte » – sont exclues. Selon son comité, l’initiative vise à dessein la dissimulation du visage pour motifs religieux, de même qu’une interdiction au niveau suisse de porter une cagoule lors de manifestations.

Si l’initiative est rejetée, la loi fédérale sur la dissimulation du visage – sous réserve d’un référendum – entre en vigueur en tant que contre-projet indirect. Celui-ci prévoit l’obligation de montrer son visage lorsqu’une autorité ou des membres des transports publics vérifient l’identité. De surcroît il comporte des dispositions visant à améliorer l’égalité dans la législation sur l’égalité et sur les étrangers et l’intégration ainsi que dans la coopération au développement et l’aide humanitaire.

Non à une croisade anti-musulman-es sous prétexte d’égalité

Sous prétexte d’égalité, l’initiative fait campagne contre les musulman-es et fait donc partie de la stratégie populiste d’exclusion. L’interdiction de se dissimuler le visage concerne principalement les musulmanes, portant le voile intégral (burqa ou niqab). Vu que très peu de femmes le font en Suisse, le comité d’initiative crée de toutes pièces une problématique qui n’existe pas en Suisse, à l’instar de l’initiative contre les minarets. L’initiative est une tentative de bluff politique misant sur une rhétorique discriminante : les femmes sont instrumentalisées, afin de renforcer les stéréotypes sur l’islam, d’attiser les peurs face à l’islamisme et de finalement ébranler les droits fondamentaux de la population étrangère.

Une initiative superflue

De même que le port du voile intégral n’est guère un problème, un règlement sur l’habillement n’a guère de place dans la Constitution suisse. Le voile ou la contrainte de porter la burqa est aujourd’hui déjà punissable. L’article 181 du code pénal interdit aujourd’hui déjà la contrainte : ceci comprend également qu’une personne ne peut être obligée à dissimuler son visage dans des lieux publics ou privés. Une interdiction généralisée de se dissimuler le visage touche par contre toute personne souhaitant se cacher le visage et limite ainsi ses droits fondamentaux. Non seulement l’initiative enfreint nos libertés, mais elle prescrit aux femmes comment s’habiller et cimente en fin de compte une vision patriarcale du monde que les initiant-es prétendent combattre.

Pas une solution aux problèmes réels d’égalité

L’initiative ne contribue en rien à l’intégration ni à la lutte contre la violence envers les femmes. Si l’égalité et les droits des femmes nous tiennent vraiment à cœur, on s’engage en faveur de davantage de maisons pour femmes, de l’égalité salariale entre les genres, contre la violence domestique ou pour un encadrement extra-familial accessible à toutes et tous. L’initiative n’aborde aucune de ces revendications. Au contraire : une « interdiction de la burqa » ne ferait qu’exclure davantage les femmes voilées au quotidien. A l’opposé, le contre-projet, qui entre automatiquement en vigueur en cas de rejet de l’initiative, encourage l’égalité en Suisse et dans la coopération au développement.